A cheval entre deux cultures, je construis des ponts en jouant avec les langues

C

adeau de Noël pour mes parents sourds, je suis très vite devenue une petite adulte, intermédiaire entre le monde et eux, avec cette langue des signes dont je ne voyais même pas la beauté. Avec mon cerveau qui allait à 200 à l'heure et ma soif de revanche sociale, il a d'abord fallu que je me trompe et que je devienne ingénieur.

O

n ne devine jamais que l'on sera rattrapé par son passé. Le jour où je pose les pieds sur un plateau de théâtre, c'est l'évidence, née de la pratique quotidienne d'une langue expressive, corporelle, théâtrale, où la syntaxe impose de construire mentalement des décors et de passer d'un personnage à un autre.

D

évorée par la curiosité, je découvre les vers de Racine ou Molière, le tango, la comédie musicale, le festival d'Edimbourg et le trac d'y jouer la Mégère apprivoisée en anglais, la manipulation de marionnettes, le jeu masqué, l'écriture contemporaine...

A

vec deux amis, en 2003, je crée la compagnie "Les Compagnons de Pierre Ménard". Je ne sais pas alors que 17 ans plus tard, après avoir joué avec ma langue maternelle devant plus de cent mille enfants, l'exploration de ses potentialités théâtrales sera devenu mon dada.

*CODA  : Child Of Deaf Adult

Je suis...